L'armée allemande au fort de Mons



Cette photographie et les suivantes ont été prises le même jour, on est en présence d'un reportage complet sur le fort Macdonald de Mons-en-Barœul. Cela pose le statut du photographe. Il semble que le photographe ait passé une après-midi au fort. Il s'est promené un peu partout, probablement accompagné par un représentant de l'autorité militaire, et il a photographié en marchant. Se  pose la question de sa marge de manœuvre et de savoir s'il a pu faire des images de choses qu'il ne vaut mieux pas montrer. On peut faire l'hypothèse que non. Sur les photos de soldats français au front pendant la guerre de 14 18, provenant de secteur très durs, on y voit les soldats au repos, jamais au combat Ce genre de photos était interdites par l'état-major. On peut supposer que du côté allemand, la production d'images photographiques était très surveillée. Il était interdit aux français d'en prendre et surtout de les expédier dans la zone libre. Ce photographe de Dresde avait une autorisation du grand quartier général. Pour quelle raison ? On peut penser qu'il travaillait pour l'armée ou bien pour la presse. L'édition en carte postale semble indiquer un statut d'indépendant.

En détaillant cette vue on note plusieurs détails, tout d'abord le confirmation que les grilles aux fenêtres existaient déjà à cette époque. On ne les trouve qu'aux ouvertures du bas. A comparer avec la photo actuelle (ci-contre, en haut) et intermédiaire (ci-contre, en bas). 

Comme souvent à cette époque, la présence d'un photographe suscite l'évènement et chacun se montre à sa fenêtre pour figurer sur la photo. L'officier allemand, à l'étage, en tenue blanche, semble être un membre du service médical. L'ombre du pont levis permet de préciser que cette photo, comme les suivantes, ont été faites en fin d'après midi et que la partie de la façade arrière que l'on découvre ici, correspond à la partie droite, autrement dit la façade sud ouest de la caserne de gorge. Il faut également remarquer que la corniche en pierre de taille est un peu abimée. 

Au sommet du fort, bien dégagé de toute végétation, les diverses cheminées d'aération et les puits de lumière sont bien visibles protégés par des verrières. L'absence d'aviation de bombardement, à cette époque, ne nécessite pas d'autres système de protection, ni de camouflage. On notera également, grâce aux mêmes illustrations, que c'est tardivement que les arbres ont envahi les hauteurs du fort provoquant des infiltrations préjudiciables.

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Publicité, parue en 1915, montrant l'équipement complet du soldat allemand avec un appareil photographique de la marque Ernemann fabriqué à Dresde. Pendant la guerre Ernemann convertit partiellement sa production vers des produits militaires et trouva un nouveau débouché avec des appareils de type « Vest pocket » destinés aux soldats.



Ce photographe qui était originaire de Dresde a du utiliser un appareil de la marque Ernemann. C'était l'une des trois sociétés présente à Dresde à cette époque, qui est la capitale de la photo par rapport à l'Allemagne et même au reste du monde. Par la suite plusieurs usines fabriqueront des appareils photographiques dont l'une va inventer, après-guerre, le Contax qui sera considéré comme le meilleur appareil du monde (légèrement supérieur au Leica) jusqu'en 1945. À cette date, l'usine va brûler dans les bombardements. En 1914 (et même avant) est produit à Dresde un appareil moyen format (6X9), l'Ika. En fait il s'agit de la copie du Kodak a Roll film inventé en 1906 et qui a révolutionné la photo de reportage. D'une part il ne nécessite plus d'emplois de plaques extrêmement délicates à manipuler et il est léger et maniable. Ce type de film est toujours utilisé dans certains appareils comme l'Hasselblad ou le Mamya. C'est seulement à cause des grands progrès des dos numériques, très récents, qu'on peut penser que la fin de leur utilisation est proche.