La Voix du Nord relate la visite d'Aaron Pegram au Fort de Mons

Au Fort Macdonald, Aaron le visiteur du bout du monde sur les traces des soldats australiens

Aaron marche sur les traces des Australiens qui ont participé à la Première Guerre mondiale. Le nom britannique de ce lieu est probablement ironique pour Aaron Pegram, qui est australien. En cette journée ensoleillée de mai, dans le murmure des chants d'oiseaux et des voix des enfants, il redécouvre ce Fort qu'il avait visité une première fois en 2007.

Le motif de sa venue est grave. Aaron est à la recherche d'un moment oublié de la Première Guerre mondiale quand, en 1917, l'armée allemande détenait ici, dans des conditions particulièrement indignes, 500 prisonniers australiens.
Parmi eux se trouvait son arrière-grand-père, le private Oswald Mc Clelland, du XIIIe bataillon, qui, malgré tout, a pu rentrer vivant au pays. C'est peut-être pour cela qu'Aaron a étudié l'histoire à l'Australian National University de Canberra. Il est actuellement le rédacteur en chef de War Time, une revue qui relate les périodes douloureuses des deux guerres mondiales où beaucoup de soldats australiens sont morts au combat ou en captivité. 


« Quand on passe le pont-levis, confie-t-il, et qu'on entre dans la grande cour rectangulaire où chaque détail correspond point par point au récit qu'en a fait mon arrière-grand-père, on ne peut s'empêcher d'être ému. On se dit Wahou ! Je suis au bon endroit ! C'est là qu'ont été détenus les soldats australiens ».  

Cette détention est un épisode douloureux de la Première Guerre mondiale. En 1917, près de Bullecourt (62), plusieurs centaines de soldats australiens sont fait prisonniers. Ils doivent rejoindre Mons à pied. Voici le témoignage du caporal Lancelot Davies du XIIIe bataillon : « Au moment où nous traversions Lille à pied , une toute petite fille marcha vers nous avec un paquet de nourriture à la main. Un de nos gardes se jeta sur elle et, d'un coup de fusil, l'envoya s'écraser sur le sol. Il lui confisqua le paquet pour la plus grande joie de ses camarades ». Au Fort de Mons, l'armée allemande maltraitait volontairement les prisonniers, les privant de nourriture, leur infligeant des sévices, les laissant mourir sans soins des suites de leurs blessures. Certains devinrent fous et la plupart sombrèrent dans des idées noires. Cette violation délibérée des conventions internationales était une réponse à l'usage fait par l'armée française de prisonniers allemands envoyés au travail dans les zones de combat. Beaucoup des prisonniers australiens du fort de Mons, contraints à leur tour aux travaux forcés sur la ligne de front, périrent sous les obus amis. Ils buvaient une horrible piquette et mangeaient un ignoble pain noir à base de glands de chêne, « le pain de guerre ». « Ce pain noir et très aigre était une chose absolument exécrable mais nous apprîmes à en apprécier chaque miette », devait témoigner plus tard John Dawson, du XV e bataillon.
« Je recoupe tous les témoignages écrits des soldats d'alors avec les lieux que je visite aujourd'hui, en France, en Belgique et en Allemagne. Cette nouvelle expérience va enrichir mes prochaines publications », conclut Aaron Pegram.
A. CA. (CLP)