La Voix du Nord le crie bien fort

La Voix du Nord, dans cet article du 20 décembre 2010, contribue, une fois de plus, à faire connaître ce bel ouvrage, que lors d'une visite organisée par Eugénies vous pourrez apprécier d'une façon bien vivante.


Le Fort est le point de ralliement des Monsois. Lieu pédagogique, culturel, gastronomique et même de promenade, il est un outil de la politique culturelle de la ville dont il est le symbole.

Sa vocation d'origine était toute autre. Après le désastre de 1870, l'état-major cherche les moyens de stopper efficacement une nouvelle invasion prussienne. Cette tâche est dévolue au général Séré de Rivières, un officier supérieur du génie militaire. Il imagine une toile de 400 ouvrages de défense répartis dans toute la France et capables d'épauler la stratégie mise en place. Séré de Rivières est un militaire... pas un architecte ! Le plan de son fort recherche avant tout l'efficacité. Il est construit autour de la poudrière qu'il faut d'abord protéger (au fort de Mons il en existait deux différentes). Tout autour, on dispose batteries, postes de défense, lieux de vie, sans autre critère que celui de la fonctionnalité. C'est pour cette raison et parce qu'il fallait faire très vite que tous les forts désignés sous l'appellation « Séré de Rivières » se ressemblent énormément. Construits à partir de 1874 et jusque dans les années 1880, ils ont la forme d'un polygone entouré de murs épais et de fossés. Des prolongements armés (les caponnières) en interdisent les accès. Les batteries principales sont le plus souvent disposées à l'air libre (c'est le cas à Mons : les batteries se trouvaient dans les Jardins de Thalie actuels). On appelait ce dispositif : « batterie haute ». Il pouvait contenir entre 20 et 30 canons de 155, 138, ou 120 mm. Pour la défense rapprochée, on utilisait généralement le canon revolver Hotchkiss de 40 mm, l'ancêtre de la mitrailleuse. Les angles de tir étaient fixés par l'architecture même du fort. Des batteries annexes, disposées plus loin, permettaient de couvrir les angles morts.
Le fort a été construit entre 1878 et 1880 par 600 ouvriers belges. Ces derniers étaient réputés pour leur science du travail de la brique. Il en a fallu plus de 3 millions pour construire le fort. Elles sont disposées « en boutisse », c'est-à-dire dans le sens de la longueur : une méthode en vogue chez les maçons belges qui donne une très grande solidité à l'édifice. Les voûtes utilisent la brique taillée : une technique délicate à mettre en oeuvre que maîtrisaient parfaitement ces excellents ouvriers. Cette qualité de travail est l'un des charmes du Fort qui, de ce point de vue, est quasiment intact de nos jours.
Le « précieux chapelet d'ouvrages » conçu par Séré de Rivières deviendra obsolète à peine achevé. Eugène Turpin, un fabricant de jouets en caoutchouc, invente la mélinite. Cet explosif révolutionnaire est capable de détruire en un tournemain les fortifications les plus épaisses. Un essai grandeur nature est ordonné en 1886 par les autorités militaires. On tire pendant trois jours 171 obus sur le fort flambant neuf de La Malmaison, dans l'Aisne. Il est complètement détruit. On doit se rendre à l'évidence : les forts Séré de Rivières sont devenus impropres à l'usage militaire. • A. CA. (CLP)