Un épisode oublié du fort de Mons-en-Barœul


Grâce à Aaron Pegram qui est historien au mémorial australien de guerre à Canberra, nous pouvons compléter nos connaissances sur un épisode oublié de l'histoire du fort de Mons-en-Barœul.

Durant la guerre 1914-1918, des prisonniers de guerre australiens ont été emprisonnés au fort de Mons-en-Barœul. 

Connu à l'époque sous le nom de fort MacDonald, il avait été baptisé : L'infâme trou noir de Lille. Ces australiens avaient été capturés en grand nombre par les allemands à Bullecourt * en avril 1917.

Ci-contre une photo prise lors de la bataille de Bullecourt.



Avec des soldats britanniques et français capturés en même temps, ils étaient victimes de représailles. L'armée de terre allemande a délibérément maltraité ces prisonniers en violation du droit international. Les armées britanniques et françaises employaient les prisonniers allemands près de la ligne de front en parfaite conformité avec la puissance de l'artillerie allemande, ce qui n'était pas le cas des prisonniers australiens enfermés au fort MacDonald. Le grand père d'Aaron Pegram fit parti des soldats australiens enfermés au fort de Mons-en-Barœul.

Les récits de ces hommes sont purement déchirants, et c'est un chapitre tristement oublié. Après leur rapatriement vers l'Angleterre en 1918, beaucoup de prisonniers ont décrit les conditions supportées au fort. Environ 300 hommes ont été entassés dans des cellules mal aérées et mal éclairées. L'alimentation consistait uniquement en pain noir avec une pinte d'eau par jour. Un simple seau comme wc, au centre de la salle, qui débordait rapidement. Avec comme seul exercice une promenade une fois par jour dans la cour ...

Un article qui évoquera ces événements va paraître, en 2009, dans la revue : Temps de guerre - Le magazine officiel de la guerre australienne - Mémorial avec des photographies prises par Aaron Pegram lors d'une visite qu'il a effectué en 2007 et d'autres que nous avons pu lui communiquer. L'association Eugénies qui s'occupe de la valorisation du patrimoine régional relayera ces nouvelles informations.

* Bullecourt, est un village du Pas-de-Calais situé au sud d'Arras. Comme toute la région de l'Arrageois, Bullecourt a été le théâtre de violents combats durant la première guerre mondiale. En 1917, les Alliés envisagent la rupture du front grâce à deux offensives : l'une française au Chemin des dames, l'autre britannique devant Arras. L'attaque de Bullecourt est une opération limitée.
En février-mars 1917, la ligne Hindenburg passe derrière Bullecourt. Le village de Bullecourt est le premier objectif que devait prendre le mercredi 11 avril 1917, deux brigades australiennes (la 4ème et la 12ème), qui lancent l'assaut à 4h45 du matin, appuyées par 12 tanks anglais mais sans soutien d'artillerie. Durant la nuit précédente l'artillerie avait durement pilonné les lignes allemandes. Pris sous un feu d'enfilade, les australiens doivent se replier. Les combats furent terribles et meurtriers et cessèrent à 11h. Les pertes de la 4ème Brigade s'élèvent à 2 258 sur un effectif de 3 000 hommes. Les Allemands capturent 27 officiers et 1 137 hommes et n'ont que 750 tués.
Le jeudi 3 mai 1917, une deuxième attaque est menée par la 62ème Division Britannique et la 2ème Australian Division sur les deux flancs du village. Le lundi 7 mai une partie du village est aux mains des britaniques, il ne sera repris totalement que le jeudi 17 mai mais la percée de la ligne Hindenburg n'a pas eu lieu.
Au total, les pertes britanniques et australiennes s'élèvent à 14 000 hommes. Le village de Bullecourt fut pris et repris une vingtaine de fois.

Ci-dessous : à gauche, un plan et à droite, une vue aérienne de la bataille de Bullecourt en avril et mai 1917.


Ces deux photos ci-dessous, prises au mémorial de Bullecourt, nous font revivre les australiens, tels qu'ils ont été capturés avec leur célèbre chapeau, avant d'être conduit pour être enfermés au fort de Mons-en-Barœul en avril 1917. Quand on voit l'importance des pertes, on imagine le calvaire enduré par ces soldats.

Cette statue a été réalisée par le sculpteur australien Peter Corlett. Avant d’entreprendre la commande, il ignorait que son père, le soldat de deuxième classe Kenneth Corlett, 4ème bataillon des ambulanciers de campagne australiens, s’était battu à Bullecourt. 


Devant le cairn commémoratif, Corlett fut pris d’émotion : Je me tenais debout dans le champ, je touchai le cairn sur lequel ma sculpture allait reposer et sentis une vague d’émotion me parcourir. Je ressentis la présence de mon père et le silence se fit autour de moi.

À l’aide d’une vieille photo de son père, Peter Corlett sculpta à son image le visage de son soldat australien de 1917, tentant de saisir « le visage dispos d’un jeune homme sur le point de partir vivre une grande aventure ». Il prit aussi soin de reproduire exactement l’uniforme de l’AIF et ses armes. Ce Digger, c'est le soldat australien qui symbolise par sa tenue et ses insignes les quatre divisions australiennes d'infanterie engagées sur le terrain : les 1ère, 2ème, 4ème et 5ème. La statue de Corlett fut dévoilée lors de la journée des Anzacs de 1993.





Au Fort Macdonald, Aaron le visiteur du bout du monde sur les traces des soldats australiens


" Mon nom est Aaron Pegram, je suis un historien militaire australien en train d'écrire une thèse de doctorat sur les 3 861 soldats australiens fait prisonnier par l'armée allemande sur le front occidental pendant la Première Guerre mondiale. En 2008, j'ai été en contact avec le Dr Jacques Desbarbieux qui m'a gentiment aidé dans mes recherches et publié certaines de mes conclusions préliminaires sur le site Le Fort de Mons-en-Barœul. En mai 2011 je vais me rendre à Lille pour visiter le Fort. "


Bien entendu nous organiserons une visite exceptionnelle du Fort de Mons à cette occasion et espérons un accueil digne de notre ami de la part de la municipalité.

Aaron marche sur les traces des Australiens qui ont participé à la Première Guerre mondiale. Le nom britannique de ce lieu est probablement ironique pour Aaron Pegram, qui est australien. En cette journée ensoleillée de mai, dans le murmure des chants d'oiseaux et des voix des enfants, il redécouvre ce Fort qu'il avait visité une première fois en 2007.

Le motif de sa venue est grave. Aaron est à la recherche d'un moment oublié de la Première Guerre mondiale quand, en 1917, l'armée allemande détenait ici, dans des conditions particulièrement indignes, 500 prisonniers australiens. Parmi eux se trouvait son arrière-grand-père, le private Oswald Mc Clelland, du XIIIe bataillon, qui, malgré tout, a pu rentrer vivant au pays. C'est peut-être pour cela qu'Aaron a étudié l'histoire à l'Australian National University de Canberra. Il est actuellement le rédacteur en chef de War Time, une revue qui relate les périodes douloureuses des deux guerres mondiales où beaucoup de soldats australiens sont morts au combat ou en captivité. 

« Quand on passe le pont-levis, confie-t-il, et qu'on entre dans la grande cour rectangulaire où chaque détail correspond point par point au récit qu'en a fait mon arrière-grand-père, on ne peut s'empêcher d'être ému. On se dit Wahou ! Je suis au bon endroit ! C'est là qu'ont été détenus les soldats australiens ».  



Ce tableau représentant le Fort Macdonald de Mons-en-Barœul est exposé à Londres. Il a été peint en 1918 et son titre " Le trou noir " fait allusion à un épisode pitoyable où des prisonniers australiens furent enfermés dans ce lieu. Merci à notre ami australien Aaron Pegram qui nous a fait découvrir cette peinture d'Edwin Martin que vous pouvez aller voir a l'Impérial War Museum. © Imperial War Museum London.

Cette détention est un épisode douloureux de la Première Guerre mondiale. En 1917, près de Bullecourt (62), plusieurs centaines de soldats australiens sont fait prisonniers. Ils doivent rejoindre Mons à pied. Voici le témoignage du caporal Lancelot Davies du XIIIe bataillon : « Au moment où nous traversions Lille à pied , une toute petite fille marcha vers nous avec un paquet de nourriture à la main. Un de nos gardes se jeta sur elle et, d'un coup de fusil, l'envoya s'écraser sur le sol. Il lui confisqua le paquet pour la plus grande joie de ses camarades ». Au Fort de Mons, l'armée allemande maltraitait volontairement les prisonniers, les privant de nourriture, leur infligeant des sévices, les laissant mourir sans soins des suites de leurs blessures. Certains devinrent fous et la plupart sombrèrent dans des idées noires. Cette violation délibérée des conventions internationales était une réponse à l'usage fait par l'armée française de prisonniers allemands envoyés au travail dans les zones de combat. Beaucoup des prisonniers australiens du fort de Mons, contraints à leur tour aux travaux forcés sur la ligne de front, périrent sous les obus amis. Ils buvaient une horrible piquette et mangeaient un ignoble pain noir à base de glands de chêne, « le pain de guerre ». « Ce pain noir et très aigre était une chose absolument exécrable mais nous apprîmes à en apprécier chaque miette », devait témoigner plus tard John Dawson, du XVe bataillon.
« Je recoupe tous les témoignages écrits des soldats d'alors avec les lieux que je visite aujourd'hui, en France, en Belgique et en Allemagne. Cette nouvelle expérience va enrichir mes prochaines publications », conclut Aaron Pegram.
A. CA. (CLP)

Voir l'article dans La Voix du Nord

L'association Eugénies était heureuse de recevoir son ami australien Aaron Pegram qui avait fait le déplacement spécialement pour venir visiter le Fort de Mons-en-Barœul où a été enfermé son arrière grand père durant la guerre 1914-1918.










The Advertiser (Adelaide), 11 Dec 1918
Horrible Cruelty
Prisoners Suffer
Lille Black Hole

London, December 9

Notre ami australien, Aaron Pegram, nous fait parvenir un condensé de l'article qui vient de paraître dans l'Advertiser (Adélaïde - Australie). Ce texte (ci-dessous dans sa version originale anglaise) relate les conditions pitoyables auxquelles ont été soumis les prisonniers australiens emprisonnés au fort de Mons-en-Barœul, par l'armée allemande, lors de la première guerre mondiale. Ce sont 270 soldats, dont le grand père d'Aaron Pegram qui ont subi ces mauvais traitements avant d'être libérés et de pouvoir rejoindre Londres, où ils ont pu relater cette triste aventure. Inconnu des historiens locaux, ces faits ont semble t-il été étouffés et nous les évoquerons bien entendu dans le livre en cours d'écriture. Les articles originaux, qui peuvent être reproduits à condition d'en signaler les sources, ont été déposés à la bibliothèque municipale de Mons-en-Barœul.

Some prisoners of war give horrifying details of the black hole in which many of them were thrust by the Germans at Lille. It was a huge underground cavern, where 270 persons were confined for five weeks in an unspeakable state of neglect and famine. They were diseased, they had no clothing and there was no covering except that in which they left the battlefield. They were only allowed in the upper air for ten minutes each day. Twenty of them were taken to the hospital suffering from dysentery. Vermin had to be scraped off them with knives. The place was not cleaned during the five weeks. The food was so foul as to be uneatable. The men practically went mad. They used to lie on the ground killing vermin and singing hymns. The men used to fight to reach the latticed window 10 ft above the floor to get air. The men were compelled to bathe their wounds with coffee, as there was no water.


Notre ami Aaron Peegram vient de publier un émouvant article dans la revue australienne Wartime. Nous venons de la recevoir et sommes heureux de pouvoir apporter ce témoignage supplémentaire à certaines pages méconnues de l'histoire du Fort de Mons-en-Barœul.

Il est possible d'agrandir les documents en cliquant dessus. 




La légende de la photo publiée page 41 : The area at Fort MacDonald, Lille, where after eight days of neglect, Australian prisoners were paraded and informed they were being held as " prisoners of respite ". Image courtersy of author.

Voici le message que vient de nous adresser Aaron Pegram. C'est le petit fils d'un prisonnier du fort de Mons. Nous attendons avec impatience cette édition de Wartime pour vous en faire part.
C'est d'autant plus émouvant, et symbolique de recevoir cette nouvelle le 8 mai, alors que justement l'épisode de la bataille de Bullecourt est remis en lumière actuellement (*) suite à la découverte de nouveaux corps de ces soldats australiens venus nous prêter main forte durant la guerre de 1914/1918.


Dear Jacques,
Thank you for your assistance during my research on my article on Fort MacDonald. My article was published in the latest edition of " Wartime ", a copy of which I making its way to you as of today. The designer of the magazine chose not to use any of the photographs you so diligently sent me, but I thank you for your hard work and effort nonetheless.
Thank you Jacques. I will let you know when I am in Lille next so I can thank you in person.
Regards,

Aaron Pegram


(*) Vendredi 24 avril 2009 : L'Australie donne cinq millions d'euros pour créer un « chemin de mémoire »

Les Australiens ont le sens du devoir de mémoire. Hier, à Pozières dans la Somme, leur ministre des Anciens Combattants a annoncé le déblocage d'une enveloppe de plus cinq millions d'euros pour la création d'un « chemin de mémoire », qui passera, dans la région, par Fromelles et Bullecourt. Pour honorer les 62 000 soldats tombés au front.

Lors de sa visite hier au monument de Pozières, dans la Somme, Alan Griffin, ministre des Anciens Combattants australien, a annoncé le déblocage d'une enveloppe de 5,4 millions d'euros (10 millions de dollars australiens) sur quatre ans pour la création d'un « chemin de mémoire ». Sur le parcours, qui va de la Somme à la Belgique en passant par le Nord - Pas-de-Calais, sept sites seront revalorisés (1).

« Par la création de ce chemin, nous voulons mieux informer sur ce que les soldats ont vécu pendant la Première Guerre mondiale. C'est important pour nous, car sur le front occidental, nous avons perdu 46 300 hommes », a-t-il déclaré. Au total, 62 000 soldats australiens sont tombés pendant ce conflit. « Il y a deux moments-clés pour les Australiens, explique Frédérick Hadley, attaché de conservation à l'Historial de la Grande Guerre à Péronne. Le débarquement à Gallipoli (Turquie) en 1915 et l'arrêt des troupes allemandes à Villers-Bretonneux (Somme), trois ans plus tard. Le premier fut un échec mais marque l'histoire du pays parce que c'était la première fois que les Australiens combattaient en tant que nation. Puis en 1918, ils vont stopper la progression allemande qui venait de percer le front allié. S'ils n'avaient pas été là, Amiens serait sûrement tombée. Entre ces deux dates, les troupes stationneront près d'Armentières, dans le Pas-de-Calais et en Belgique. » Le devoir de mémoire, Canberra en fait une priorité.
Deux communes de la région se verront attribuer des fonds pour réhabiliter leurs monuments commémoratifs.

Fromelles et Bullecourt
Fromelles (près de La Bassée) édifiera un nouveau cimetière en 2010, pour accueillir les corps des quatre cents soldats retrouvés lors de fouilles archéologiques l'année dernière. Et le village de Bullecourt (dans l'Arrageois), où sont tombés pendant la Grande Guerre quelque 10 000 soldats australiens. Jules Laude, maire, annonce que « la surface du musée passera de 67 à 210 mètres carrés, avec l'édification d'un nouveau bâtiment. » Construit par son prédécesseur dans une étable, le musée commençait à être un peu juste pour accueillir les milliers d'Australiens qui viennent là chaque année.
Le ministre Alan Griffin espère bien que ses partenaires français s'allieront au projet, comme eux avaient aidé la France à l'époque.
• Sarah Binet

1. - Les sept sites du chemin de mémoire : Villers-Bretonneux, Mont-Saint-Quentin, Pozières, Fromelles, Bullecourt, Ypres et Tyne Cot (Belgique). in LA VOIX DU NORD, édition régionale du 24 avril 2009
http://histoiresdunord.blogspot.com/search?q=bullecourt