Dans la verdure du Fort de Mons

Merci à Franck Bazin de signer cet article dans la Voix du Nord, dans lequel on reconnaît les informations de ce site, et même un clin d'œil à un architecte qui nous est cher : Gabriel Pagnerre, autre élément important du patrimoine monsois.


Faire d’un ouvrage militaire un lieu de sérénité, c’est ce qu’ont réussi les années et les aménagements réalisés dans la dernière décennie.
Le Fort de Mons a été créé pour défendre le pays contre l’envahisseur (encore, déjà) après la guerre de 1870. Il n’est qu’une des perles du long chapelet d’ouvrages qu’a fait construire le général Séré de Rivières, de Dunkerque à Nice. Quatre cents forts au total. Qui n’ont pas empêché les ennemis de passer… L’ouvrage, vite inutile, a bien abrité quelques services de l’armée, dont, de 1931 à 1939, un détachement colombophile mobile. Mais, avant de s’y promener, les Monsois ont longuement attendu. Déclassé en 1962, abandonné en 1972, il devient peu à peu un terrain d’aventures. Et même de sacrées aventures. Avec ses coins et recoins, ses fossés et ses remparts, le fort est un endroit rêvé pour les parties de cache-cache.
Au milieu des années 1970, la commune décide d’en prendre possession. Mons-en-Barœul est une ville contrastée. Surtout connue pour sa « ZUP », elle avait été, au début du XXe siècle, le principal terrain d’expression de l’architecte Gabriel Pagnerre dont on peut encore voir de nombreuses demeures très typées. Mettre en valeur le fort permettait donc à la ville d’enrichir cette diversité architecturale et de faire de la place pour quelques services. En 1984, le Fort devient centre socioculturel.
Mais la grande métamorphose n’intervient que vingt ans plus tard : à l’occasion de Lille 2004, capitale européenne de la culture, le Fort devient Maison folie. Tout est nettoyé, rénové, réaménagé… Une importante compagnie d’assurances basée dans la ville finance l’aménagement d’un théâtre de verdure : un lieu magique, hélas, trop rarement utilisé.

Avec les lapins 
Depuis cette métamorphose, il fait bon faire le tour de l’édifice, dans les anciens fossés où gambadent des lapins. On peut aussi pousser la porte de la salle d’exposition ou, certains soirs, du café-concert. Il est même possible de se restaurer sous les voûtes en briques.
Mais le plus étonnant, c’est la « couverture » des bâtiments, au point qu’il est difficile pour le visiteur d’identifier l’endroit. Celui qui s’attend à rencontrer une imposante masse minérale est surpris de découvrir l’espace végétal le plus dense de la ville. Les « toitures » sont des monticules de terre hérissés d’arbres aujourd’hui vénérables. En flânant dans la grande cour, on a la sensation d’être planqué au fond d’une forêt, dans un pays étrange de géants et de trolls.


Et quand l’art et la culture s’invitent en ce lieu, comme pour cette soirée des Balkans en 2009, quand les éclairages et les notes multicolores jaillissent des ramures et des casemates, on se dit que Séré de Rivières serait bien étonné de voir ce que son ouvrage est devenu. Mais qu’il en serait sûrement flatté.