Article paru dans la Voix du Nord du dimanche 13 juillet 2014 


Histoire de fouilles : du Fort de Mons à l’Ouvrage de Babylone (1)

Après la déroute de 1870, on songe à défendre sérieusement le territoire en prévision de la prochaine guerre. Le général Séré de Rivières imagine une toile d’ouvrages de défense, tout le long de la frontière avec l’Allemagne et dans les villes qui peuvent être point de passage de l’envahisseur. Tout autour de Lille on construit plusieurs forts. Chacun d’entre-eux possède des ouvrages intermédiaires satellites qui accueillent de l’infanterie, un peu d’artillerie et complètent leur système de défense.



Le Fort de Mons en Barœul en avait trois : le Haut Vinage, les Marchenelles et Babylone. Ce dernier se trouve désormais sur le territoire de Villeneuve-d’Ascq. À son emplacement, il est prévu d’implanter prochainement le CODIS 59 (Centre Opérationnel Départemental d’Incendies et de Secours). Le passé militaire de cet ancien terrain du Ministère de la justice impliquait qu’on y pratique des fouilles préventives avant l’intrusion des engins de chantier. Ce travail est toujours confié à l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventif). Cela tombe à pic : le siège de l’institut se trouve, précisément, à Villeneuve-d’Ascq, à quelques encablures du Fort de Mons et de l’Ouvrage de Babylone. 



Lors d’un précédent chantier (les fouilles préventives du « Petit Fort », près du cimetière) l’INRAP par le biais de l’une de ses archéologues, Carole Deflorenne, avait fait la connaissance de Guy Selosse et Jacques Desbarbieux, membres éminents de l’association monsoise, Eugénies. Les deux compères avaient apporté la preuve, sur le terrain, qu’ils étaient très forts sur la question des défenses militaires. Aussi, ont-ils été invités à la campagne de fouilles de Babylone, en ce début juillet. 



Au milieu des tranchées, on a découvert deux bornes de servitude d’une demie tonne chacune (elles servaient à délimiter le terrain militaire) en parfait état. Elles sont en béton (ce qui permet de les dater de la période 1891 – 1895). Elles possèdent encore leur plaque métallique d’immatriculation (n°2 et n° 12). Elles vont rester sur place et servir de décor au parking de la crêperie, situé près de la ferme du Sart. Quant à nos deux compères, ils ont récolté des devoirs de vacances. Ils sont en train de rédiger  un texte sur l’usage militaire de l’ouvrage de Babylone qui va enrichir le chapitre décrivant le « contexte » du rapport définitif de l’INRAP.





Le dispositif « Séré de Rivières » dans la métropole (2)

Dès 1878, on commence à construire dans la région lilloise 6 Forts (Bondues, Mons-en-Barœul, Sainghin en Mélantois, Seclin, Ennetières et Vert Galant) ainsi que 2 Batteries (Lezennes et Prémesque). Ce sont les seules constructions appartenant au dispositif initial de Séré de Rivières. Les autres sont une idée du Général Boulanger, nommé ministre de la guerre en janvier 1886.

À partir de 1890, on ajoute, autour de la métropole lilloise 13 Ouvrages intermédiaires dont celui de Babylone. Le mode de construction a changé. Le béton a remplacé la brique. On voit naître les premiers "blockhaus" (le terme n’a été utilisé qu’à partir de la seconde guerre mondiale. À la fin du XIXe siècle on parlait plutôt « d’abri bétonné »). Les Ouvrages intermédiaires étaient : La Redoute (Wambrechies), Entrepôt (Marcq/Wasquehal), Haut-Vinage (Wasquehal), Babylone (Flers lez Lille), Marchenelles (Annappes), Croix de Vallers (Ascq/Tressin), La Jonchère (Sainghin en Mélantois), Enchemont (Lesquin), Vendeville (Vendeville – Avelin), Houplin, Noyelles, Moulin-Neuf (Haubourdin), Lompret.

Ce dispositif complet et coûteux est très vite devenu obsolète du fait des progrès de l’artillerie et notamment des obus-torpilles chargés de mélinite, un explosif très puissant dérivé de l’acide picrique. Lors des décennies suivantes, tous ces ouvrages  ont connu un usage militaire très limité.